Brigadière

Brigadière
6 décembre 2021 / Envoi n°1 / Tirage 13x18
Pellicule n°92 / 4 octobre 2015

Il y avait 270 blocs de glace qui passaient leur nuit à fondre sur le parvis de l'Hôtel de Ville pour la Nuit Blanche. Il était déjà près de 2h du matin. La rue était calme et offrait le spectacle reposant de cette brigadière affairée à conclure la soirée. De l'extérieur on n'entendait rien des clinquements de la vaisselle, on n'entendait rien de la musique qui peut-être résonnait pour égayer l'instant. Tout juste devinait-on le silence blafard des néons.

En face de chez moi il y a une église, ce qui est vrai à Paris et à la campagne. C'est un peu moins chic que le Perche ou que Vendôme, assurément moins ennuyeux que la Beauce, c'est à côté de Chablis. A Paris, à côté de l'église qui trône face à mon appartement, il y a une sanisette.

Dans ma rue les trottoirs sont très larges, ça me rappelle un peu les usoirs des villages lorrains ; tout ça pour dire que la sanisette est somme toute assez loin de mon 1er étage. Et pourtant je ne fais que l'entendre ce "bip bip" incessant que personne dans la maisonnée n'entend, comme le grésillement sombre d'un néon. On ne sait pas pourquoi des toilettes font "bip bip", le genre de sons dont le but n'est pas d'être entendus, ce serait absurde. Alors régulièrement je signale l'anomalie dans l'application de la ville de Paris, et quelques jours après, le "bip bip" cesse. Et il suffit d'attendre encore quelques jours de plus pour qu'il revienne.

Pour cette Nuit Blanche il n'y avait pas que de la glace fondue à l'Hôtel de Ville, il y avait cette installation à Saint-Merri, encore une église, un bateau échoué sur un banc de sable devant l'autel, Présage.

Et puis il y avait cette brigadière, sans qu'il n'y ait rien de particulier à en voir, sans qu'il n'y ait même vraiment une histoire à en garder.

Et pourtant.