Chaufferette de poche

Chaufferette de poche
2 mars 2022 / Envoi n°10 / Tirage 13 x 18
Pellicule n°482 / 18 novembre 2018

C’était un samedi, pendant des mois je n’avais plus trouvé le temps de sortir faire des photos, pendant des mois je m’étais enfermé dans une spirale qui avait tout pour m’encourager à ne pas y entrer.

Ne faites jamais de burn-out, n’entrez pas dans la spirale.

Alexandre m’avait envoyé un message le matin pour me proposer qu’on se retrouve, la journée s’annonçait belle, comme les mois de novembre arrivent parfois à nous en amener. J’étais parti dans le froid avec mon manteau jaune, j’avais traversé un bout de Paris en déclenchant sans envie mais à l’envie, les contradictions sont le sel de la vie après tout.

Autour du cou, deux appareils. L’habituel, le classique, l’inénarrable, et puis un vieux Mamiya des années 50, un 6x9 au format reporter d’une époque que je n’ai pas connue. Quelques pellicules, et puis cette rue coincée derrière l’hôtel de ville, après des heures de marche dans ce qu’on ne voit pas comme une capitale quand on y marche, Paris est minuscule. Cette rue que j’aime suffisamment peu pour y entamer un nouveau film, comme on décide de remettre de la couleur après des mois de noir et blanc, après des mois en noir et blanc, en 6x9

Et ce couple coincé sous ses photos de vieilles affiches d’un autre temps, ce couple qui ne se regarde pas mais qui semble tellement ensemble dans cet instant furtif et lumineux. Ce n’aurait pas été la même photo si elle n’avait pas eu un sourire alors qu’il tournait la tête vers l’ombre de ce panneau, je n’en aurais pas eu le même souvenir une heure plus tard si l’ombre du panneau avait rasé le sol.

Ce n’aurait pas été la même journée plus tôt ou plus tard, ce n’aurait pas été la meme journée et ce n’aurait pas été la même photo. Pas mieux ou moins bien, le souvenir n’en serait pas vraiment changé, mais le sentiment adossé à ce souvenir aurait été moins bruyant sans le silence de ces ombres presque invisibles.

Ce 18 novembre anormalement ensoleillé, pour toutes ces raisons et quelques autres, pour ces photos sans intérêt qui m’ont marqué, sans le décorum urbain, sans la fatigue indicible de ceux qui ne demandent qu’à se prélasser au soleil, sans tout le reste et les quelques images qui en restent; ce 18 novembre ne se serait pas gravé si facilement en ma mémoire.